1 janvier 2015

La designer Gabriela Hearst n'a pas choisi de travailler dans le monde de la mode. « J'ai toujours l'impression que c'est la mode qui est venue à moi », a déclaré l'Uruguayenne, mère de trois enfants et créatrice de sa marque. On ne m'a jamais proposé de venir travailler dans la mode. Tout le monde dans ma maison de campagne faisait du tricot ou du crochet quand j'étais petite. Il fallait bien tuer le temps. Donc la compréhension de l'artisanat et la confection de choses qui durent étaient vraiment enracinées en moi. » Avec sa quatrième collection, Hearst s'est elle-même définie comme une créatrice qui valorise non seulement la qualité, mais aussi une beauté exceptionnellement simple et une élégance décontractée. Sa ligne d'automne 2016, c'est du velours luxueux et du cachemire, des découpes discrètes à l'arrière des robes, et une utilisation audacieuse de lignes et de points pour broder le mot « love » sur ses pièces. Histoires d'Estée a rencontré la chaleureuse et amicale Gabriela Hearst dans ses bureaux de New York pour découvrir comment elle a développé son esthétique, comment elle a lancé son entreprise et comment elle concilie le travail et la famille.

J'aime vraiment les femmes parce que nous sommes efficaces et nous pensons à de nombreuses façons de résoudre un problème.

Qu'est-ce qui vous a attiré dans le monde du design de mode?

J'ai grandi dans un ranch en Uruguay, en Amérique du Sud, et il avait beaucoup de bétail et de moutons. Ma mère était une femme aussi gentille qu'elle était belle, et elle adorait faire du cheval. Elle avait aussi un petit côté sauvage. À 18 ans, elle faisait des rodéos! Elle avait un petit côté garçon manqué, mais en même temps, pour les événements en société, lorsque l'élégance était de mise, elle était au rendez-vous.

Dans ma famille, nous avions une couturière qui nous confectionnait tous nos vêtements. Du sur mesure, finalement. Il n'y avait pas de belles boutiques en Uruguay, alors il fallait acheter du tissu à Paris. On importait le tissu, on choisissait des modèles dans les magazines, et la couturière les fabriquait. En gros, chacun concevait ses propres vêtements; tout au long de mon enfance, j'ai vu ma mère porter des styles spécifiques, et j'ai toujours aimé les photos (qui avaient inspiré ces styles). Et je me souviens du jour où elle m'a dit qu'on allait me confectionner une robe de velours bleu marine. C'était tellement important pour moi. Je pense que j'étais âgée de six ou sept ans, et avoir une belle robe faite juste pour moi était vraiment quelque chose d'incroyable. Il n'y avait pas de beaux magasins où l'on pouvait aller acheter une robe spéciale, donc il fallait la faire.

Qu'est-ce qui vous a motivé à créer votre propre collection?

Je me suis fait virer de beaucoup trop d'emplois [rires]! Mais c'est vrai. Je pense que lorsque je travaillais dans une salle d'exposition, je me suis aperçue que je pouvais le faire. Je me suis donc lancée et cela fonctionne depuis ce temps-là, même si le début était plus modeste.

Quelle est l'inspiration derrière votre collection?

L'objectif principal est de créer une garde-robe originale pour femmes. Ce n'est pas un renouvellement chaque saison, comme ils disent. Il y a de nouvelles options, mais surtout un design moderne avec la vieille mentalité que cela doit durer. Je crée donc des choses pour la femme moderne, mais avec les valeurs du passé, je suppose.

Je suis aussi très consciente de la façon dont l'article est fabriqué. D'où provient-il? Où le fabriquons-nous? Qui le fabrique? Notre cachemire est produit à « Manos del Uruguay », ce qui se traduit par « Les mains de l'Uruguay », une organisation à but non lucratif qui emploie plus de 300 femmes dans toute la location. Elles produisent ce magnifique cachemire pour nous, et nous les aidons. J'essaye toujours de trouver des choses qui sont bonnes pour nous, mais aussi pour les autres.

Quels sont vos matériaux préférés? 

Le choix du fil est l'une des choses que je préfère. J'adore toucher le fil et les tissus. On voit ce qu'ils peuvent devenir.

Nous avons parfois l'air un peu folles, mais nous réalisons des choses.

Comment est-ce que le fait d'avoir grandi sur un ranch en Uruguay influence votre esthétique et votre style personnel?

Il y a toujours un élément rustique dans ce que je fais. Je vais, par exemple, faire quelque chose avec un beau tissu ou un beau fil, mais je vais y ajouter quelque chose de plus robuste ou avec une bordure non finie ou un ourlet. J'essaye de faire en sorte que ce soit naturel.

Pouvons-nous maintenant parler de la façon dont vous vous habillez? Quel est votre style pour une journée au bureau?

Je m’habille avec 100 pour cent des vêtements de ma marque parce que j'adore les vêtements que nous faisons et je ne veux pas trop réfléchir quand je m'habille. Je tente de faire de même pour nos femmes; elles ne passent pas de beaucoup de temps à penser à ce qu'elles doivent porter. Je veux qu'elles puissent s'habiller en cinq minutes. C'est pourquoi je porte habituellement une jupe droite avec un joli chandail, ou alors mon blazer, mes costumes et mes jupes. Et je porte toujours des bottes en hiver. Au printemps, je porte peut-être une robe à fleurs avec des chaussures un peu plus masculines. Je porte toujours des robes et des jupes, c'est mon style. Si je porte un tailleur pantalon, je choisis des souliers plus féminins. Je pense que ma tenue reflète toujours un équilibre entre le masculin et le féminin.

La beauté et la mode vont de pair. Comment décririez-vous votre esthétique de beauté?

Mon esthétique de beauté est aussi naturelle que possible. Je ne porte pas de maquillage parce que je ne sais pas l'appliquer. Zéro maquillage... sauf si quelqu'un peut l'appliquer pour moi. Dans ce cas, j'aime mettre mes yeux en avant avec une ombre à paupières neutre, et porter un brillant à lèvres. Mais j'aime quand ça reste simple. J'admire les femmes qui savent porter un rouge à lèvres rouge vif. Ça ne me va pas.

Je n'utilise pas beaucoup de produits, mais je trouve que le masque PowerFoil d'Estée Lauder est excellent. Ma peau est beaucoup plus lumineuse et uniforme quand je l'utilise. Même mon mari l'a remarqué! C'est là quelque chose d'assez exceptionnel, vous savez. J'utilise aussi le sérum New Dimension.

Et je viens de couper mes cheveux courts, parce que j'avais remarqué que j'avais des nœuds à l'arrière. J'ai trois enfants et un travail à plein temps, alors me brosser les cheveux, ça n'a jamais été une priorité. J'ai voulu une coiffure qui peut être décoiffée et avoir l'air comme si c'était voulu.

Quel est l'un de vos meilleurs souvenirs d'enfance en Uruguay? Un qui a influencé la façon dont vous vivez votre vie et gérez votre entreprise?

Personne ne m'a dit « tu dois travailler dur. » Ils travaillaient dur et je les ai vus le faire. Ils avaient de la passion et adoraient ce qu'ils faisaient. Trouver sa passion, quelque chose qu'on aime vraiment, et la suivre, cela m'a vraiment impressionnée. Grandir aux côtés de gens qui sont passionnés.

Comment réussissez-vous à trouver un équilibre entre votre travail et vos trois enfants?

J'adore passer du temps avec mon mari et mes enfants. C'est mon passe-temps favori. Ce n'est pas facile de trouver un tel équilibre, mais j'ai de la chance : j'ai de l'aide, des gens que je paie pour m'aider, et j'adore ce que je fais, et je suis donc convaincue de donner un bon example à mes enfants. Mais parfois, c'est difficile et on se pose des questions. « Quel est le mieux pour mes enfants? Une maman à la maison, ou une maman qui n'est pas là parce qu'elle travaille? » Mais j'en arrive toujours à la même conclusion: c'est une décision personnelle pour chaque femme, je respecte les femmes qui ont choisi de rester à la maison et celles qui ont choisi d'aller travailler, et le fait aussi que certaines femmes n'ont pas le luxe de choisir, elles sont obligées de travailler d'arrache-pied pour nourrir leur famille. C'est quelque chose de personnel. Mais moi, personnellement, j'aurais du mal à ne pas travailler. Donc si je veux être une bonne mère, il faut aussi que je sois épanouie.

Vos enfants participent-ils à votre vie professionnelle?

Bien sûr, ils viennent au bureau, ils me voient travailler. Ils sont très impliqués, ils savent ce que je fais. Et mon bébé de huit mois, je l'emmène partout avec moi quand je voyage. Il a déjà été deux fois à Paris pour des achats, à Los Angeles pour des stages, à Moscou pour l'ouverture d'une boutique, à Londres pour une entrevue avec la presse. Il a été en Uruguay pour un film visant à montrer comment nous utilisons notre laine. Le mari d'une de mes amies m'a dit une fois que mon bébé avait plus voyagé que lui durant ses 20 premières années.

Quels conseils voudriez-vous donner aux femmes qui songent à créer une entreprise?

Lancez-vous. Lancez-vous avec ce que vous avez. Lancez-vous avec ce que vous pouvez faire.

C'est pourquoi j'adore les femmes. J'aime vraiment les femmes parce que nous sommes efficaces et nous pensons à de nombreuses façons de résoudre un problème. Nous avons parfois l'air un peu folles, mais nous réalisons des choses.

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